Mélanome : les recommandations UV des autorités françaises
De l'INCa au HCSP, le consensus scientifique sur la protection solaire se renforce
Chaque année en France, 80 000 nouveaux cancers de la peau sont diagnostiqués. Plus de 85 % des mélanomes sont attribuables à une exposition excessive aux rayonnements ultraviolets. Les autorités sanitaires nationales multiplient les recommandations pour inverser cette tendance épidémiologique qui touche particulièrement les jeunes adultes et les personnes à peau claire.
Contexte et enjeux
Selon l'Institut national du cancer, le nombre de nouveaux cas de cancers de la peau a plus que triplé entre 1990 et 2023. Les carcinomes cutanés représentent 90 % des cancers cutanés diagnostiqués en France. Moins fréquents, les mélanomes sont les plus dangereux du fait de leur fort potentiel métastatique.
L'exposition aux rayonnements ultraviolets, d'origine naturelle ou artificielle, reste la première cause des cancers cutanés, dont le mélanome. Chaque année, 80 000 nouveaux cancers de la peau sont diagnostiqués. Attribuable dans plus de 85 % des cas à une exposition excessive aux UV, les mélanomes cutanés sont évitables en adoptant une exposition raisonnée aux UV.
L'Institut national du cancer, en lien avec l'association Sécurité Solaire, mène depuis plusieurs années des campagnes d'information ciblées. En mai 2025, l'INCa a organisé un séminaire intitulé « UV et cancers : la prévention pour changer la donne », réunissant chercheurs, professionnels de santé publique et urbanistes pour identifier des leviers d'action concrets.
Quelles sont les recommandations officielles de protection solaire ?
Santé publique France et le Haut Conseil de la santé publique (HCSP) ont émis des recommandations précises et hiérarchisées. Porter des lunettes de soleil (attention, certaines lunettes, même à verres foncés, ne protègent pas contre les UV). Si la peau est découverte, appliquer généreusement de la crème solaire (indice de protection 30 minimum) toutes les 2 heures lorsque la peau ne peut être protégée. Rester à l'ombre aux heures les plus à risques (entre 12h et 16h en été).
Le HCSP recommande de ne pas exposer au soleil les bébés de moins d'un an. Les enfants, particulièrement ceux de moins de trois ans, doivent être protégés des rayonnements UV et leur peau exposée le moins possible au soleil. Une vigilance particulière s'impose durant les 1000 premiers jours de la vie.
Ces études confirment que l'exposition aux rayonnements UV de source naturelle représente un facteur de risque majeur de cancer de la peau (carcinomes et mélanomes). Le risque lié à l'exposition solaire ou aux UV artificiels est le seul facteur de risque sur lequel il est possible d'intervenir en sensibilisant les populations à la protection vis-à-vis de ce risque.
Concernant les crèmes solaires, le HCSP précise que leur application doit venir en complément — et non en remplacement — des autres mesures de protection : vêtements couvrants, chapeau à larges bords, recherche de l'ombre. L'indice de protection minimal recommandé est de 30, avec une réapplication toutes les deux heures et après chaque baignade.
Ce que ça change pour les patients
Pour les personnes exposées, ces recommandations se traduisent par des gestes simples mais essentiels au quotidien :
- Éviter l'exposition entre 12h et 16h en été en France métropolitaine, période où l'intensité du rayonnement UV est maximale
- Privilégier l'ombre, sachant qu'un parasol ne protège pas complètement des UV diffusés par réverbération
- Porter systématiquement des vêtements couvrants, un chapeau à bords larges et des lunettes de soleil avec marquage CE (catégorie 3 ou 4)
- Appliquer une crème solaire haute protection (SPF 30 minimum) sur les zones de peau non couvertes, en renouvelant l'application toutes les 2 heures
- Ne jamais exposer les bébés de moins d'un an au soleil direct
- Proscrire totalement les cabines de bronzage UV, dont le risque cancérogène est désormais avéré
Les travailleurs en extérieur (BTP, agriculture, espaces verts) constituent une population particulièrement exposée. Dans son avis du 29 mai 2020, le Haut Conseil de la santé publique émet des recommandations sanitaires relatives aux expositions solaires professionnelles. Les employeurs sont invités à intégrer ce risque dans leur Document unique d'évaluation des risques professionnels (DUERP).
Pour les personnes à risque (peau claire, nombreux grains de beauté, antécédents personnels ou familiaux), un suivi dermatologique annuel est recommandé, assorti d'un auto-examen cutané tous les 4 mois selon la règle ABCDE : Asymétrie, Bords irréguliers, Couleur inhomogène, Diamètre supérieur à 6 mm, Évolution récente.
Points de vigilance et nuances
L'avis du 30 juillet 2018 de l'ANSES confirme et consolide les connaissances scientifiques sur les dangers des rayonnements UV artificiels et incite à agir pour protéger la population. L'ANSES recommande notamment aux pouvoirs publics de prendre toutes les mesures de nature à faire cesser l'exposition de la population générale aux UV artificiels à des fins esthétiques. Pourtant, à ce jour, la France n'a pas encore interdit les cabines de bronzage, contrairement à l'Australie ou au Brésil.
Une limite importante des campagnes de prévention doit être soulignée : L'impact des campagnes d'information grand public sur la prévention du risque solaire est faible, quels que soient les moyens utilisés. L'information de la population sur les facteurs de risque de mélanome cutané et la prévention du risque solaire doit être intensifiée, l'exposition solaire ou aux UV artificiels est le seul facteur de risque sur lequel il est possible d'intervenir.
Concernant la vitamine D, souvent invoquée pour justifier l'exposition solaire, le HCSP rappelle qu'une exposition modérée des mains, avant-bras et visage pendant 10 à 15 minutes par jour suffit à couvrir les besoins, sans nécessiter d'exposition prolongée aux heures critiques.
Les crèmes solaires, bien qu'indispensables, ne doivent pas procurer un faux sentiment de sécurité conduisant à prolonger l'exposition. Elles viennent en dernier dans la hiérarchie des protections : ombre, vêtements, puis écran solaire.
Ce qu'il faut retenir : les autorités sanitaires françaises convergent vers un message clair et hiérarchisé. Éviter le soleil entre 12h et 16h, privilégier l'ombre et les vêtements couvrants, bannir les cabines UV, appliquer de la crème haute protection en complément. Pour les personnes à risque ou présentant une lésion suspecte, consulter rapidement un dermatologue reste indispensable. Un mélanome détecté précocement présente un taux de guérison élevé par simple chirurgie.
Sources utilisées
- [1]Cancers de la peau - Notre action· Santé publique France
- [2]Mélanome (cancer de la peau) et facteurs de risque· Institut national du cancer / Centre Léon Bérard
- [3]Recommandations sanitaires associées aux index UV (complément)· Haut Conseil de la santé publique
- [4]Avis ANSES relatif à l'exposition aux UV artificiels émis par les cabines de bronzage· ANSES
- [5]Prévention des cancers de la peau et notamment du mélanome· Sénat - Questions au Gouvernement
- [6]Actualisation de la revue de la littérature sur la détection précoce du mélanome cutané· Haute Autorité de Santé
⚠️ Cet article d'information ne remplace en aucun cas une consultation médicale. Toute lésion cutanée suspecte doit faire l'objet d'un examen dermatologique. En cas de facteurs de risque (peau claire, antécédents familiaux, nombreux grains de beauté), un suivi régulier par un dermatologue est recommandé.
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