Mélanome : les 5 gestes de protection UV validés par les autorités
Face à une incidence multipliée par cinq en 30 ans, l'INCa et Santé publique France rappellent les mesures essentielles de prévention.
Avec près de 18 000 nouveaux cas estimés en 2023, le mélanome cutané est en forte progression en France depuis quatre décennies. Les autorités sanitaires françaises — INCa, ANSES, Santé publique France — rappellent que la majorité de ces cancers de la peau pourraient être évités par des comportements protecteurs face aux rayons UV. Décryptage des recommandations officielles.
Contexte et enjeux
Le mélanome cutané se situe aujourd'hui au 8ᵉ rang des cancers chez l'homme et au 6ᵉ rang chez la femme en France. Entre 1990 et 2023, le nombre de nouveaux cas de cancers de la peau a plus que triplé, selon l'Institut national du cancer. L'incidence du mélanome, la forme la plus agressive de cancer cutané, a été multipliée par cinq sur la même période.
Santé publique France estime que plus de 85 % des mélanomes cutanés sont attribuables à une exposition excessive aux rayonnements ultraviolets, qu'ils soient naturels (soleil) ou artificiels (cabines de bronzage). En 2018, une étude coordonnée par le Centre international de recherche sur le cancer a révélé qu'environ 3 % de l'ensemble des cancers en France sont liés à l'exposition aux UV.
Les brûlures solaires au second degré, en particulier pendant l'enfance et l'adolescence, augmentent significativement le risque de développer un mélanome à l'âge adulte. L'Assurance maladie rappelle que le risque de mélanome est accru de 75 % chez les personnes ayant commencé à s'exposer aux UV artificiels avant 30 ans.
Quelles sont les recommandations officielles pour se protéger ?
L'Institut national du cancer, en lien avec Santé publique France et l'ANSES, insiste sur cinq mesures de prévention essentielles, détaillées sur les sites ameli.fr et e-cancer.fr :
Éviter l'exposition aux heures où l'intensité des rayons est maximale. En France métropolitaine l'été, il faut limiter son exposition entre 12 heures et 16 heures. En Outre-mer, la plage à risque se situe entre 10 heures et 14 heures. L'indice UV atteint généralement des niveaux de 7 ou 8 en été en Europe, mais peut dépasser 10 en haute montagne ou sous les tropiques.
Se couvrir systématiquement lors d'une exposition prolongée. L'Assurance maladie recommande de porter des vêtements amples, longs et de couleur sombre qui assurent une meilleure protection. Les vêtements anti-UV et les chapeaux à bords larges sont particulièrement efficaces. Le port de lunettes de soleil avec filtre anti-UV est également indispensable pour protéger les yeux.
Appliquer une crème solaire adaptée. L'ANSES a récemment publié des recommandations pour améliorer l'information sur les produits de protection solaire. L'agence insiste sur la nécessité de choisir un niveau de protection adapté à son phototype et à l'intensité de l'exposition. La crème solaire ne doit jamais être le seul moyen de protection, mais venir en complément des vêtements et de l'ombre.
Se méfier des circonstances à risque augmenté. Le vent frais, une couverture nuageuse faible, les sols réfléchissants (neige, sable, eau) et l'altitude créent une fausse sécurité. Les rayons UV traversent les nuages et se réfléchissent sur certaines surfaces, augmentant l'exposition réelle.
Bannir totalement les cabines de bronzage. L'ANSES a réitéré en 2018 son avis selon lequel « le risque de cancer associé aux UV des appareils de bronzage artificiel est avéré ». L'agence recommande de faire cesser l'exposition de la population aux UV artificiels à des fins esthétiques. Le bronzage artificiel ne prépare pas la peau au soleil et ne stimule pas la production de vitamine D, contrairement aux idées reçues.
Ce que ça change pour les patients
Ces recommandations officielles permettent de réduire concrètement le risque de mélanome. Voici les points clés à retenir pour une protection efficace :
- Limiter la durée cumulée d'exposition : plus elle est courte, plus la peau peut reconstruire ses défenses entre deux expositions. Mais c'est la durée cumulée sur toute la vie qui présente un danger.
- Protéger particulièrement les enfants : une forte exposition au soleil tôt dans la vie augmente significativement le risque de mélanome à l'âge adulte. L'INCa a lancé en 2025 un appel à projets « Zéro Exposition » pour réduire l'exposition aux UV dans les établissements accueillant des jeunes.
- Surveiller régulièrement sa peau : la Haute Autorité de santé recommande aux populations à risque d'effectuer un autoexamen de la peau tous les quatre mois et de consulter un dermatologue une fois par an, ou en cas de lésion douteuse.
- S'informer sur l'indice UV : en France, l'association Sécurité solaire, centre collaborateur de l'OMS, diffuse les prévisions d'indice UV de Météo France. Une exposition de plus de 10 minutes par jour avec un indice UV supérieur ou égal à 5 est considérée comme potentiellement dangereuse.
- Adopter une exposition modérée : 10 à 15 minutes par jour de lumière solaire sur les avant-bras, le visage et le cou suffisent pour synthétiser la vitamine D nécessaire à l'organisme, d'avril à septembre.
Points de vigilance et nuances
Si le soleil présente des risques avérés, il n'est pas totalement à proscrire. Le rayonnement ultraviolet joue un rôle essentiel dans la synthèse de la vitamine D, indispensable pour la fixation du calcium sur les os et le renforcement du système immunitaire. Mais les quantités nécessaires sont extrêmement faibles.
L'INCa alerte sur une idée reçue tenace : 78 % des Français pensent que le soleil est bon pour la santé, conviction souvent portée par des considérations esthétiques. Pourtant, il n'existe pas de bronzage « sain ». Une peau bronzée indique que l'ADN a subi des dommages, explique l'Institut. Le bronzage constitue une réaction de défense contre les agressions des UV, pas un signe de bonne santé.
Concernant les professionnels travaillant en extérieur, l'INCa a publié en 2022 des recommandations spécifiques : l'employeur doit prendre des mesures techniques (pose de filtres sur les vitres, stores) et fournir les équipements de protection adaptés (vêtements anti-UV, lunettes filtrantes, chapeaux).
Le repérage précoce des signes de mélanome repose sur plusieurs acteurs : le patient lui-même, le médecin traitant ou tout autre spécialiste, mais aussi l'infirmier, le masseur-kinésithérapeute ou le pédicure-podologue, selon la HAS. Toute tache brune évolutive, tout grain de beauté dont l'aspect se modifie, doit conduire à une consultation rapide.
À retenir : la prévention du mélanome repose sur des gestes simples et validés scientifiquement. Face à une incidence en forte hausse depuis quarante ans, l'adoption de comportements protecteurs vis-à-vis des UV — naturels comme artificiels — reste le moyen le plus efficace de limiter son risque. En cas de doute sur une lésion cutanée, une consultation dermatologique s'impose sans délai.
Sources utilisées
- [1]Epidémiologie des cancers cutanés· Institut national du cancer (INCa)
- [2]Avis relatif à l'exposition aux UV artificiels - cabines de bronzage· Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES)
- [3]Cancers de la peau : situation épidémiologique· Santé publique France
- [4]Prévenir la survenue du mélanome cutané· Assurance maladie
⚠️ Cet article a une visée informative et ne remplace en aucun cas un avis médical personnalisé. Toute lésion cutanée suspecte doit faire l'objet d'une consultation médicale. Les recommandations de prévention présentées sont issues des autorités sanitaires françaises (INCa, ANSES, Santé publique France, HAS).
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