Polluants éternels : un risque de surpoids dès la grossesse
Une vaste étude française révèle l'impact de l'exposition prénatale aux POP sur la croissance des enfants.
Présents partout dans l'environnement, les polluants éternels s'accumulent dans l'organisme dès la vie fœtale. Une étude française montre qu'ils influencent durablement la croissance des enfants.

Contexte et enjeux
Les polluants organiques persistants (POP) — surnommés « polluants éternels » — regroupent des milliers de composés chimiques utilisés dans l'industrie, l'agriculture et les produits du quotidien. Leur particularité : ils se dégradent très lentement, voire jamais. Résultat, ils s'accumulent dans les sols, l'eau, les aliments… et dans notre organisme, dès la grossesse.
Parmi eux : les PCB (polychlorobiphényles, interdits en France depuis 1987), les PBDE (retardateurs de flamme), les PFAS (utilisés dans les poêles antiadhésives, emballages alimentaires, textiles imperméables) et certains pesticides organochlorés. Bien que leur usage soit progressivement interdit, ces substances persistent des décennies dans l'environnement.
Or, des études ont déjà montré que ces polluants agissent comme des perturbateurs endocriniens — ils dérèglent les hormones qui régulent la croissance, le métabolisme, la fertilité. La question se pose désormais : peuvent-ils influencer la prise de poids des enfants exposés avant la naissance ?
Que dit la science sur l'exposition prénatale aux POP ?
Pour répondre, des chercheuses de l'Inserm ont analysé les données de la cohorte Pélagie, lancée en 2002 en Bretagne. Plus de 3 400 binômes mère-enfant ont été suivis jusqu'à l'adolescence. Une quinzaine de POP ont été dosés dans le sang de cordon ombilical à la naissance : PCB, PBDE, PFAS, pesticides organochlorés (HCB, β-HCH, dieldrine).
Plutôt que de mesurer l'indice de masse corporelle (IMC) à un âge précis, les scientifiques ont étudié les trajectoires de prise de poids entre 0 et 12 ans. Pourquoi ? Parce qu'un enfant qui naît petit et grossit vite n'a pas le même risque cardiovasculaire futur qu'un enfant qui naît avec un poids élevé et le maintient — même si les deux profils comportent un risque.
Les résultats montrent deux types de trajectoires à risque :
- Chez les filles : l'exposition aux PCB et aux pesticides organochlorés est associée à un petit poids de naissance, suivi d'une évolution vers un IMC élevé avant 12 ans.
- Chez les garçons : une forte concentration totale de POP et de certains PFAS dans le sang de cordon est corrélée à une adiposité élevée dès la naissance, maintenue pendant la croissance.
Ces deux profils sont connus pour augmenter le risque de maladies cardiovasculaires et métaboliques à l'âge adulte (diabète de type 2, hypertension, syndrome métabolique).
Ce que ça change pour les femmes enceintes et les parents
Même si la plupart des POP sont désormais interdits, l'exposition continue via l'alimentation — principale source de contamination. Voici les recommandations pratiques pour limiter les risques :
- Continuer à manger du poisson, mais en privilégiant les poissons maigres (cabillaud, colin, merlan) et en alternant les espèces pour limiter l'accumulation de polluants bioaccumulables (thon, saumon, espadon à consommer avec modération).
- Éviter les contenants alimentaires en plastique, surtout ceux chauffés au micro-ondes, qui peuvent libérer des PFAS.
- Remplacer les ustensiles antiadhésifs usés (poêles, casseroles Teflon rayées) qui relâchent davantage de PFAS lors de la cuisson.
- Privilégier les aliments bio pour les produits d'origine animale, moins exposés aux pesticides organochlorés.
- Diversifier son alimentation pour ne pas concentrer l'exposition à une seule source de contamination.
Ces gestes simples réduisent l'exposition pendant la grossesse, période où le fœtus est particulièrement vulnérable aux perturbateurs endocriniens.
Points de vigilance et nuances
Cette étude ne signifie pas que tous les enfants exposés développeront un surpoids. Elle identifie une association statistique, pas une causalité directe. D'autres facteurs influencent le poids (génétique, alimentation après la naissance, activité physique, environnement socio-économique).
Par ailleurs, l'étude porte sur une cohorte bretonne née au début des années 2000. Les niveaux d'exposition aux POP ont baissé depuis, grâce aux interdictions progressives. Mais les PFAS — encore largement utilisés — restent une préoccupation majeure.
Enfin, l'effet des POP varie selon le sexe, probablement en raison de leur action sur les hormones sexuelles (propriétés œstrogéniques ou anti-œstrogéniques). Cela confirme la nécessité d'analyser séparément garçons et filles dans les études sur les perturbateurs endocriniens.
Ce qu'il faut retenir : l'exposition prénatale aux polluants éternels peut influencer durablement la croissance des enfants, avec des risques cardiovasculaires à long terme. Si la réglementation progresse, la prévention passe aussi par des gestes simples pendant la grossesse — notamment sur l'alimentation et les contenants utilisés au quotidien.
Sources utilisées
Article reformulé par la rédaction Acturiaz d'après Inserm (publié le 20 juillet 2026).
⚠️ Cet article est rédigé à titre informatif. Il ne remplace pas l'avis d'un professionnel de santé. Pour toute question sur votre grossesse ou la santé de votre enfant, consultez votre médecin ou sage-femme.
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