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EPO : pourquoi le foie cesse d'en produire à la naissance

Une équipe Inserm décrypte le passage de relais entre foie et reins pour la production d'érythropoïétine.

Source : Inserm· 25 juin 2026· 4 min de lectureRédigé par IA · superviséConsensus scientifique

Le foie du fœtus fabrique l'EPO, puis s'éteint. Une découverte Inserm éclaire ce basculement vers les reins — avec des pistes pour traiter anémies et polyglobulies.

EPO : pourquoi le foie cesse d'en produire à la naissance
Photo : Inserm

Contexte et enjeux

L'érythropoïétine (EPO) est une protéine naturelle essentielle : elle stimule la production de globules rouges, ces cellules qui transportent l'oxygène des poumons vers chaque tissu de l'organisme. En cas de manque d'oxygène dans le sang (on parle d'hypoxie), le corps augmente sa sécrétion d'EPO pour compenser.

Particularité remarquable : chez le fœtus, l'EPO est fabriquée par le foie. À la naissance, cette production hépatique s'arrête progressivement, et ce sont les reins qui prennent le relais pour le reste de la vie. Problème : l'EPO hépatique est biologiquement plus efficace que l'EPO rénale — il en faut moins pour obtenir le même effet. Comprendre pourquoi cette source se tarit pourrait ouvrir des pistes thérapeutiques pour les adultes souffrant d'anémie rénale ou, à l'inverse, de polyglobulie (excès de globules rouges lié à une réactivation anormale de l'EPO hépatique).

Une équipe de l'Institut du thorax à Nantes (Inserm) vient de lever le voile sur ce mystère biologique : ce n'est pas la respiration d'oxygène qui stoppe la production hépatique, mais bien la maturation des cellules du foie.

Comment le foie cesse-t-il de fabriquer de l'EPO ?

Deux hypothèses s'affrontaient. La production d'EPO hépatique s'arrête-t-elle parce que le nouveau-né se met à respirer de l'oxygène, ou simplement parce que le foie devient mature ? Pour trancher, les chercheurs ont mené deux expériences complémentaires.

Première preuve : les organoïdes de foie. L'équipe a cultivé en laboratoire des mini-foies (organoïdes) à partir de cellules souches. Certains ont grandi dans un milieu riche en oxygène, d'autres en condition d'hypoxie. Résultat : la quantité d'EPO produite ne dépend pas du taux d'oxygène, mais du stade de différenciation des hépatocytes (les cellules spécialisées du foie). Plus ces cellules mûrissent, moins elles fabriquent d'EPO.

Seconde preuve : l'analyse sanguine de 89 nourrissons. En collaboration avec le Laboratoire antidopage français et le CHU de Dijon, les scientifiques ont dosé l'EPO hépatique et rénale chez des bébés nés à terme ou prématurément (de 29 à plus de 49 semaines d'aménorrhée). Ils ont observé une corrélation parfaite entre l'âge du nourrisson et le profil d'EPO détecté, sans lien avec le temps passé à respirer hors du ventre maternel.

Avant 37 semaines (grands prématurés), l'EPO est uniquement hépatique. Entre 41 et 49 semaines, on trouve un mélange hépatique-rénal. Après 49 semaines, l'EPO devient presque exclusivement rénale. Betty Gardie, chercheuse Inserm, résume : « La transition forme un continuum lié à la maturation, pas à l'oxygène. »

Ce que ça change pour les patients

Cette découverte ouvre plusieurs perspectives concrètes pour les adultes atteints de maladies du sang :

  • Anémie rénale : en cas d'insuffisance rénale, la production d'EPO chute, provoquant fatigue, essoufflement, maux de tête. Réactiver la source hépatique pourrait compenser ce déficit de manière plus efficace.
  • Polyglobulie : certains patients présentent un excès de globules rouges lié à une réactivation anormale de l'EPO hépatique. Comprendre les mécanismes permettrait de mieux cibler les traitements.
  • Dosage néonatal : chez les prématurés, le suivi du profil d'EPO pourrait affiner le diagnostic et la prise en charge des anémies néonatales.
  • Nouvelles cibles thérapeutiques : identifier les rares hépatocytes adultes qui continuent à produire de l'EPO (l'extinction n'est jamais totale) pourrait permettre de stimuler sélectivement cette source.

Points de vigilance et prochaines étapes

Cette étude est une avancée scientifique majeure, mais elle reste fondamentale : aucune application clinique n'est encore disponible. Les chercheurs vont maintenant s'attaquer aux mécanismes moléculaires précis qui éteignent la production hépatique d'EPO, dans l'espoir de pouvoir les inverser chez l'adulte.

Par ailleurs, l'équipe cherche à identifier des sous-populations d'hépatocytes capables de conserver cette fonction à l'âge adulte. « Une très faible quantité d'EPO hépatique reste détectable chez l'adulte. Elle pourrait provenir d'hépatocytes immatures résiduels ou d'une sous-population mature spécifique », précise Betty Gardie.

Il faudra encore plusieurs années de recherche avant d'envisager des essais cliniques. En attendant, les patients souffrant d'anémie rénale ou de polyglobulie continuent d'être pris en charge par des traitements existants (EPO recombinante injectable, saignées, médicaments anti-agrégants).

Ce qu'il faut retenir : la production d'EPO bascule du foie aux reins à la naissance, non pas à cause de l'oxygène respiré, mais de la maturation des cellules hépatiques. Comprendre ce mécanisme pourrait, à terme, permettre de réactiver cette source hépatique ultra-efficace chez les adultes anémiques ou polyglobuliques. Une piste prometteuse, encore au stade de la recherche fondamentale.

Sources utilisées

Article reformulé par la rédaction Acturiaz d'après Inserm (publié le 22 juin 2026).

⚠️ Cet article est rédigé à titre informatif. Il ne remplace pas l'avis d'un professionnel de santé. En cas de symptômes (fatigue inhabituelle, essoufflement, maux de tête persistants), consultez votre médecin traitant.

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