Endométriose : des primates pour comprendre les règles
L'Inserm étudie l'utérus de macaques pour percer les secrets de la menstruation humaine
L'utérus humain reste un organe mal compris. Une équipe Inserm analyse son évolution chez les primates pour décrypter l'origine des règles — et peut-être, un jour, mieux soigner l'endométriose.

Contexte et enjeux
Tous les mammifères possèdent un utérus, mais tous n'ont pas de menstruations. Chez la souris, le cycle dure quatre jours ; chez la femme, vingt-huit en moyenne. Pourtant, seuls quelques primates évacuent leur endomètre — la muqueuse utérine — en fin de cycle. Les autres espèces le réabsorbent ou le conservent.
L'équipe de Camille Berthelot, directrice de recherche Inserm à l'Institut Pasteur (Paris), a lancé un projet de biologie évolutive pour comprendre cette diversité. « Il y a beaucoup de changements dans la façon dont la muqueuse se prépare à l'implantation de l'embryon, ainsi que dans la façon dont elle va se régénérer », explique la chercheuse, lauréate du programme Impulscience 2025 de la Fondation Bettencourt Schueller.
L'enjeu dépasse la curiosité scientifique : identifier précisément les mécanismes de la menstruation pourrait ouvrir des pistes pour comprendre et traiter l'endométriose, maladie chronique inflammatoire qui touche près de 10 % des femmes en France.
Que révèle l'étude de l'utérus des primates ?
L'équipe a prélevé du tissu utérin chez six primates différents, dont l'humain et le macaque crabier, pour réaliser du séquençage ARN et de la microscopie fluorescente. L'image obtenue montre la structure complexe de l'endomètre : en bleu nuit, le muscle utérin et les cellules stromales (la charpente du tissu) ; en fluorescent, les cellules épithéliales qui tapissent la paroi interne et entourent les glandes utérines.
« Nous travaillons plus spécifiquement sur l'évolution de la réponse à la progestérone, l'hormone qui conditionne la façon dont l'embryon va s'implanter », précise Camille Berthelot. La progestérone agit différemment selon les espèces : chez certaines, elle favorise une implantation embryonnaire superficielle ; chez l'humain, l'embryon s'enfouit profondément dans l'endomètre.
Le séquençage ARN a permis d'identifier les gènes exprimés dans chaque type cellulaire — épithéliales, stromales — selon les espèces. Ces données montrent que la menstruation n'est pas un simple « accident » évolutif, mais un trait qui obéit à des régulations génétiques précises, encore mal comprises.
Ce que ça change pour les patientes
Cette recherche fondamentale ne débouche pas sur un traitement immédiat, mais elle pose des bases solides pour comprendre l'endométriose. Voici ce qu'il faut retenir :
- Mieux comprendre pourquoi certaines femmes développent l'endométriose : en identifiant les gènes impliqués dans la régénération de l'endomètre, on pourrait découvrir des anomalies spécifiques à cette maladie.
- Identifier de nouvelles cibles thérapeutiques : si la progestérone joue un rôle-clé dans l'implantation embryonnaire et la menstruation, des molécules ciblant cette voie hormonale pourraient être développées.
- Rompre avec le mythe « c'est normal d'avoir mal pendant ses règles » : l'endométriose reste sous-diagnostiquée, avec un délai moyen de sept ans avant le diagnostic. Documenter les mécanismes biologiques de la menstruation participe à la légitimation scientifique de cette souffrance.
L'Inserm insiste : l'endométriose est une maladie inflammatoire chronique, pas une simple douleur menstruelle normale. Les recherches comme celle de Camille Berthelot contribuent à changer les regards, y compris dans la communauté médicale.
Points de vigilance et limites
Cette étude porte sur six espèces de primates, dont l'humain. Elle n'inclut pas d'essais cliniques sur des patientes atteintes d'endométriose. Il s'agit de recherche fondamentale en génomique comparative : les résultats doivent être validés par d'autres équipes et confrontés à des données cliniques avant toute application thérapeutique.
Par ailleurs, l'endométriose est une maladie multifactorielle : génétique, environnement, immunité, microbiote sont autant de pistes explorées par la recherche. L'approche évolutive de Camille Berthelot est complémentaire, mais ne prétend pas expliquer à elle seule l'origine de la maladie.
Enfin, aucun traitement curatif n'existe à ce jour contre l'endométriose. Les prises en charge actuelles (chirurgie, hormonothérapie, antalgiques, kinésithérapie, accompagnement psychologique) visent à soulager les symptômes et à améliorer la qualité de vie.
Ce qu'il faut retenir : en comparant l'utérus de six primates, l'Inserm explore l'évolution de la menstruation pour identifier les gènes qui régulent l'endomètre. Ces données fondamentales pourraient, à terme, éclairer les mécanismes de l'endométriose et ouvrir de nouvelles pistes thérapeutiques. Un travail de longue haleine, mais essentiel pour sortir cette maladie de l'ombre.
Sources utilisées
- [1]En image – Focus sur l'utérus· Inserm
Article reformulé par la rédaction Acturiaz d'après Inserm (publié le 11 juin 2026).
⚠️ Cet article est rédigé à titre informatif. Il ne remplace pas l'avis d'un professionnel de santé. En cas de douleurs menstruelles intenses ou de suspicion d'endométriose, consultez un gynécologue ou un médecin spécialisé.
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