Sclérose en plaques : l'arsenal thérapeutique français en 2026
Entre traitements de première intention et innovations de haute efficacité, le point sur les options validées
La prise en charge de la sclérose en plaques a profondément évolué en trente ans. Aujourd'hui, la stratégie française privilégie une instauration précoce des traitements de fond, avec un recours croissant aux thérapies dites « de haute efficacité » pour les formes actives de la maladie. Le point sur les options validées et les nouveautés thérapeutiques.
Contexte et enjeux
La sclérose en plaques (SEP) est une maladie auto-immune chronique qui s'attaque au système nerveux central — le cerveau et la moelle épinière. Le système immunitaire détruit par erreur la myéline, cette gaine protectrice qui entoure les fibres nerveuses et permet la bonne transmission de l'influx nerveux.
Résultat : des perturbations motrices, sensitives, visuelles ou cognitives. Ces troubles évoluent le plus souvent par poussées suivies de rémissions (forme dite « rémittente-récurrente »), qui touche 85 % des patients au début de la maladie. Chez certains patients, la maladie évolue ensuite vers une forme progressive, où le handicap s'aggrave sans poussées visibles.
Selon l'Inserm, les traitements actuels permettent de réduire les poussées et améliorent la qualité de vie, mais leur efficacité reste insuffisante pour empêcher complètement la progression du handicap à moyen terme. D'où l'importance d'une prise en charge précoce et personnalisée.
Quels traitements de fond sont reconnus en France ?
Les traitements de fond, prescrits uniquement par un neurologue, visent à diminuer la fréquence des poussées, limiter l'apparition de nouvelles lésions cérébrales et ralentir la progression du handicap. Tous agissent sur le système immunitaire pour réduire la réaction inflammatoire.
La Haute Autorité de Santé (HAS) distingue deux niveaux de traitements :
Les traitements de première intention (efficacité modérée)
Ils sont souvent proposés en début de maladie pour les formes actives. On y trouve les interférons bêta (Avonex, Betaferon, Extavia, Rebif, Plegridy), l'acétate de glatiramère (Copaxone), le diméthylfumarate (Tecfidera), le tériflunomide (Aubagio) et l'ocrelizumab (Ocrevus). Ces immunomodulateurs freinent le système immunitaire et réduisent de 30 à 50 % la fréquence des poussées.
Les traitements de haute efficacité (THE)
Depuis 2019, la HAS a identifié quatre immunosuppresseurs pour les formes très actives de SEP récurrente : le natalizumab (Tysabri), le fingolimod (Gilenya), l'ocrelizumab (Ocrevus) et la mitoxantrone (Elsep, Novantrone). L'alemtuzumab (Lemtrada) peut être utilisé en deuxième ou troisième ligne. Ces traitements font tous l'objet d'un plan de gestion des risques en raison d'effets indésirables potentiellement graves.
Depuis 2020, un changement de paradigme s'opère : les neurologues tendent à prescrire d'emblée les traitements de haute efficacité dans les formes inflammatoires actives, pour mieux contrôler l'inflammation et réduire significativement le risque de handicap à long terme.
Ce que ça change pour les patients
La stratégie thérapeutique actuelle repose sur trois principes clés que tout patient doit connaître :
- Traiter tôt : l'instauration rapide d'un traitement de fond dès le diagnostic est recommandée pour limiter les lésions irréversibles du système nerveux.
- Adapter le traitement à l'activité de la maladie : lorsque l'activité inflammatoire reste très élevée malgré un premier traitement, un passage vers un traitement de haute efficacité est préconisé.
- Assurer un suivi régulier : une IRM cérébrale environ 6 mois après l'instauration du traitement, puis une IRM annuelle, permet d'évaluer l'efficacité du traitement et d'ajuster si nécessaire.
- Mettre à jour son calendrier vaccinal : dès le diagnostic, une mise à jour vaccinale est essentielle, car certains traitements immunosuppresseurs augmentent le risque d'infections.
- Poursuivre le traitement sur le long terme : tant qu'il empêche l'évolution de la maladie, le traitement de fond doit être maintenu, parfois pendant plusieurs années.
Les consultations neurologiques tous les 6 mois et le bilan biologique régulier sont indispensables. L'ANSM rappelle par ailleurs que certains traitements, comme le tériflunomide ou le fingolimod, nécessitent une contraception efficace chez les femmes en âge de procréer en raison de risques tératogènes (malformations fœtales).
Points de vigilance et nuances scientifiques
Malgré les progrès, plusieurs limites persistent. Les formes progressives de la sclérose en plaques — qu'elles soient d'emblée progressives ou secondairement progressives — restent difficiles à traiter. Les traitements actuels sont surtout efficaces sur les formes récurrentes-rémittentes avec activité inflammatoire visible.
La HAS souligne également que les données d'efficacité et de tolérance à long terme des immunosuppresseurs de haute efficacité sont encore limitées. La pertinence de poursuivre ces traitements chez les patients stabilisés reste à établir.
Une bonne nouvelle toutefois : en juin 2026, un nouveau traitement contre la forme progressive de la sclérose en plaques, le tolébrutinib, a reçu une autorisation de mise sur le marché de l'Agence européenne du médicament. Cette molécule permet de réduire d'environ un tiers le risque de progression du handicap. Elle constitue un espoir pour les patients atteints de la forme la plus agressive de la maladie.
Par ailleurs, l'Inserm travaille sur de nouvelles stratégies : molécules favorisant la remyélinisation (réparation de la gaine de myéline), neuroprotection, et approches de médecine personnalisée. L'objectif : non seulement freiner l'inflammation, mais aussi protéger durablement les neurones.
Ce qu'il faut retenir : si la guérison de la sclérose en plaques n'est pas encore possible, la France dispose en 2026 d'un arsenal thérapeutique solide et en constante évolution. Le choix du traitement se fait en concertation avec un centre de ressources et de compétences, en tenant compte des données cliniques, d'imagerie, du profil de tolérance et des préférences du patient. Tout symptôme nouveau ou aggravation doit conduire à consulter rapidement son neurologue. Ne jamais arrêter un traitement de fond sans avis médical.
Sources utilisées
- [1]Médicaments utilisés dans les formes très actives de sclérose en plaques récurrente· Haute Autorité de Santé (HAS)
- [2]Sclérose en plaques – Le point sur la stratégie thérapeutique· Haute Autorité de Santé (HAS)
- [3]Dossier Sclérose en plaques (SEP)· Inserm
- [4]Traitement de la sclérose en plaques pendant la grossesse· ANSM
- [5]Traitement de la sclérose en plaques· Ameli
⚠️ Cet article est destiné à informer sur les traitements de fond de la sclérose en plaques reconnus en France. Il ne remplace en aucun cas une consultation médicale. Seul un neurologue peut prescrire, adapter ou arrêter un traitement de fond. En cas de symptômes neurologiques inhabituels, de poussée ou d'effet indésirable, consultez rapidement votre médecin traitant ou votre neurologue référent.
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